Article publié dans N°225(mars 2000) de "Phosphore"

 

Trois ans après un premier album triomphal, les quatre garçons de Louise Attaque reviennent avec un disque ambitieux et intransigeant...comme eux! Rencontre. Louise Attaque "Y a que la musique qui compte."

Pas facile d'approcher Louise Attaque!Même en pleine promotion de son très attendu deuxième album, Comme on a dit(Atmosphériques/Trema). Apres les deux millions d'exemplaires vendus du précédent, le fameux Louise Attaque, les quatre Parisiens ont refusé toute interview en tête-à-tête. Ils ont décidé, par fidélité, de partir en tournée dans "la Fédurock", le réseau des petites salles de province qui lui ont donné une première chance.Une tournée des potes, en quelque sorte.Comme quoi on peut être le plus gros vendeur de l'histoire du rock français et garder la tête (froide) sur les épaules et les pieds sur terre. Parce que Louise Attaque a conquis son public sur scène(d'abord dans les bars enfumés) et ne l'a pas oublié.Depuis son incroyable succès, le groupe cultive farouchement son indépendance et garde une certaine rancune pour les grands médias nationaux, Fun et NRJ en tête, qui se sont intéressées à eux trop tard, une fois le succès solidement installé. Indépendants, intègres, fidèles...Donc, on prend les même et on recommence : même quatuor soudé, mêmes producteurs anglo-saxons, même Louise croquée sur la pochette par le bassiste. La formule folk-rock de base a été reconduite : instruments acoustiques et chant tonique aux accents de Jacques Brel.Simple et énergique, mais d'une efficacité redoutable (200 000 albums vendus la première semaine!). Le son s'est seulement étoffé pour accueillir ici et là des percussions, un bandonéon, quelques cordes. Désormais, les poussées d'adrénaline (les tubesques Tu dis rien et Justement) alternent avec des chansons plus apaisées (L'intranquillité, Du nord au sud). C'est à l'étape de Limoges, dans les sommaires locaux de la radio rock Beaub'F.M. que nous avons rencontré Gaetan Roussel (chant, guitare), Arnaud Samuel (violon), Robin Feix (basse) et Alexandre Margraff (batterie).Interview sans filet. Phosphore : Pas facile de vous mettre la main dessus. Pourquoi avoir choisi cette promotion en catimini? Louise Attaque : Parce que les radios nationales sont moins concernées par nous et que nous sommes également moins concernés par elles! Les radios rock fédérées par la Férarock sont des radios associatives où les gens aiment la musique, la reconnaissent et savent vraiment ce que c'est. Or, c'est à peu près tout ce qui nous intéresse puisque la musique occupe 90% de notre temps. Déjà à l'époque du premier album, en 1997, on avait effectué cette démarche, on y avait pris beaucoup de plaisir mais on n'avait pas pu s'arrêter dans toutes. D'ailleurs, on se dit qu'on aimerait bien avoir une radio Férarock à Paris Apres la vente de plus de deux millions d'exemplaires du premier album, comment peut-on se préparer sereinement à l'enregistrement du second? Simplement, en n'en tenant pas compte! C'est pourquoi, dès le premier morceau, vous chantez "Faut pas se laisser gagner par l'euphorie de croire que l'on est un homme important"? On ne peut pas mélanger les deux sujets : faire de la musique et vendre beaucoup de disques. Sinon, tu n'avances plus.Si on était rentré en studio en se mettant cette pression des chiffres, ça n'aurait pas été sain. Il fallait donc absolument l'évacuer. On a seulement gardé la pression artistique. On voulait aller plus loin dans les compositions, avec l'exigence de ne pas se répéter. C'est quand même un privilège de pouvoir consacrer son temps exclusivement à la musique. Pour quelles raisons avoir reconduit les deux mêmes producteurs, le Canadien Warren Bruleigh et l'Américain Gordon Gano? On ne s'est pas posé la question en termes de recette ou de ventes d'un album. De toute façon, même si on avait vendu moins ou très peu, on aurait continué de travailler avec eux. On avait besoin de soumettre nos maquettes à des gens en qui on avait entièrement confiance et qui nous connaissaient à la fois musicalement et humainement. Il s'est trouvé que c'était eux mieux que d'autres, mieux que tous les autres. Par rapport à Louise Attaque, le groupe a beaucoup mûri et le son s'est particulièrement densifié... Effectivement, on a le sentiment d'avoir enregistré un album moins uniforme. Avec Comme on a dit, on a voulu jouer sur les contrastes, entre des ballades folk et des chansons rock, des histoires légères et d'autres plus pesantes. On a davantage creusé ce qui existait déjà. Vous avez également fait appel à quelques collaborations extérieures. Comment s'est passée la rencontre avec Françoiz Breut, qui chante sur La plume ? En fait, ce sont les deux producteurs qui nous ont suggéré l'idée de mettre une voix féminine sur ce morceau et qui ont proposé le nom de Françoiz Breut. Nous, on la connaissait très peu, on l'avait seulement croisée à des concerts. C'est quelqu'un de très sympathique et on est totalement satisfait du résultat. Comment composez-vous, en général? Tout vient en même temps.Par exemple, ce n'est jamais arrivé qu'un texte soit écrit alors qu'on n'était pas en train de travailler sur une mélodie. Ca se passe naturellement au fur et à mesure qu'on répète, qu'on discute, qu'on boit des coups ensemble. c'est comme ça qu'on avance. Mais tout est question d'équilibre. Dans Louise Attaque, chacun amène sa pierre à l'édifice. On vous connaît de nombreuses affinités dans le milieu du rock français.Formez-vous avec Miossec, Cornu, Sergent Garcia ...une grande famille? Dans la démarche, il y a en effet un grand dénominateur commun. Ce sont tous des gens qui viennent de la scène, qui font de la musique avec authenticité et qui sont plutôt de gauche. On aurait évidemment pu remercier d'autres groupes en tant qu'inspirateurs.Mais on voulait seulement remercier ceux que l'on a rencontrés, avec qui on a partagé des choses sur scène ou sur le terrain. Justement, on vous sait engagés avec Act-Up, en faveur des sans-papiers, contre le racisme et le Front national. Que recherchez-vous au travers de ces combats militants? A être tout simplement des citoyens.On ne fait pas de la musique pour faire de la politique. Mais si, sur notre nom, on peut faire gagner du blé à des associations comme Act-Up ou le Gisti ( Groupe d'information et de soutien aux immigrés) à travers des concerts ou d'autres manifestations, tant mieux. En 1999, vous aviez eu quelques soucis de piratage avec un site Web, contre lequel votre maison de disque et votre éditeur avaient porté plainte.La diffusion de votre musique via Internet vous inquiète-t-elle encore aujourd'hui? Ce qui nous fait peur sur Internet, c'est l'accès gratuit aux fichiers MP3(forme d'enregistrement qui compresse les fichiers audio, ndlr). Car faire des cadeaux de choses qui appartiennent aux artistes et qu'ils ne souhaitent pas forcément voir diffuser nous gêne. On a donc préféré le faire nous-même. Comme beaucoup d'autres groupes maintenant, on a récemment ouvert notre propre site(www.louiseattaque.com), sur lequel on a mis des morceaux inédits-des versions live de titres du premier album-que les internautes peuvent télécharger gratuitement. Les gens peuvent également nous envoyer leurs chroniques sur Comme on a dit, dont les meilleures seront mises en ligne. En tout cas, c'est un formidable outil qui te permet d'être en direct avec les personnes qui apprécient ta musique. En remerciant dans le livret du disque le public de toutes les villes où vous avez joué, est-ce une manière de rappeler que sans lui-et sans les concerts-, vous ne seriez pas là aujourd'hui? Tout à fait. Et ça, quoi qu'il arrive, on ne l'oubliera jamais. Propos recueillis par Franck Vergeade