Article publié dans N°390(février 2000) de "Rock & Folk"

 

Louise Attaque Exclusif :

voici quelques mois, Marion Guilbaud rejoignait Louise Attaque en tournée au Canada. Carnet de route, concert, émeutes et... test des nouveaux titres en public. L'été indien n'a pas encore fait son apparition au Canada : on est pourtant le 12 septembre, l'air est doux et Montréal vit les derniers jours de son festival d'été. En marge de cette manifestation, Louise Attaque débarque sur le sol canadien pour une série de concerts, à Montréal et au Québec, cela après un an d'interruption totale d'une quelconque activité scénique. Le groupe français qui aura fait couler le plus d'encre, vendu le plus de disques, rempli le plus de salles de concerts, tout cela l'air de rien, de ne pas en vouloir, bref dans une discrétion appréciée en ces temps de fanfaronnades médiatisées, Louise Attaque est donc là, prêt à en découdre avec deux Medley(deux fois deux mille personnes) bourrés à craquer depuis quelques semaines. Car ici aussi, on attend avec impatience les concerts de Louise Attaque, nos cousin d'outre-Atlantique étant prêts à boire jusqu'à la lie les paroles générationnelles de Gaetan. Et on peut dire que la patience des Canadiens aura été récompensée : ce soir, Louise Attaque ne livrera pas moins de six nouveaux morceaux pendant le set dans une ambiance dont dire qu'elle était surchauffée serait bien en dessous de la réalité. Le concert démarre par "Tu dis rien", nouveau single du nouvel album, suivi dans le désordre par "Sans filet", "Tout passe", "L'intranquillité", "Du nord au sud", et c'est un public au-delà du conquis qui verra ces nouvelles chansons plus nerveuses, plus tendues, vivre leur vie. Les habituelles "Léa", "Les nuits Parisiennes", "Ton invitation" seront, quand à elles, totalement recouvertes par la transe d'un public jumeau de celui de l'Hexagone. Le concert s'achève sur la superbe "Ballade de basse" qui voit Louise Attaque délaisser les plages familières du continent Violent Femmes pour aller se frotter à celles plus tordues, plus hypnotiques et noires des Bad Seeds. Malgré un an d'abstinence, tout confirme (le son , les éclairages, les enchaînements) que les Louise Attaque sont en grande forme ce soir-là, les morceaux glissent fluides sous les regards bienveillants et attentifs de Gordon Gano, producteur de leur premier album(on ne change pas une équipe qui gagne) et de Warren Bruleigh, producteur de 16 Horsepower et Violent Femmes. Présent également dans la salle, Robbie Addams qui fera office d'ingénieur du son sur "Comme on a dit", après avoir travaillé avec Flood et sur "Adore" des Smashing Pumpkins. Armé de cigares et de carnets de notes noircis consciencieusement pendant tout le concert, le tiercé gagnant des producteurs semble plutôt confiant rapport aux six semaines de studio prévues à la fin du mois de septembre en Angleterre pour l'enregistrement du deuxième album. Le concert de Louise Attaque s'achèvera cut, toutes lumières rallumées avec, propulsé dans la sono, "One more time" des Clash et, non, malgré les supplications du public, ils ne joueront pas le fameux "J't'emmène au vent". L'affaire est sérieuse, le groupe ayant fait le même coup la veille au soir, les membres de l'organisation des concerts redoutent presque de quitter la salle. On nous rapportera que l'incident se prolongera sur les dates à Québec et que les Canadiens n'y comprendront décidément rien. Ne pas jouer son tube!? Idée inconcevable pour nos amis anglo-saxons complètement décomplexés, vis-à-vis du succès! La même idée certainement qui fait qu'aujourd'hui encore, les garçons de Louise Attaque, malgré plus de deux millions d'album vendus, peuvent encore sortir dans la rue, aller dans les bars et concerts sans être reconnus, car les quatre Louise ont préféré mettre une fille imaginaire sur leur pochette plutôt que leurs bobines: aux dernières nouvelles, Robin le bassiste referait le coup sur celle du nouvel album avec une Louise grandie, un peu plus mure certainement.La même idée, qui fait qu'à l'heure où nous écrivons ces lignes, Louise Attaque a préféré repousser les rencontres avec les médias jusqu'à sa tournée, annoncée incessamment sous peu, la rumeur faisant déjà état de certaines dates secrètes un peu partout en France, dès le mois de janvier. Grosse tête, parano excessive? Sinon uniquement le désir de faire les choses à son rythme, jouer dans des clubs comme à ses débuts, se confronter au public sans le filtre forcément réducteur des médias, communiquer avec ceux-ci une fois l'album publié et la tournée commencée? Pour une fois, faire comme on a envie. Marion Guilbaud